Archive pour March 2005

T√©moignages de soldats isra√ęliens

Tuesday 15 March 2005

http://www.dorhashalom.org/newsletter/interview0305.htm

Il y a quelques mois le monde entier √©tait choqu√© par les r√©v√©lations du Ha‚Äôaretz sur les profanations commises par certains soldats isra√©liens sur des cadavres de Palestiniens. Le choc √©tait encore plus grand pour la communaut√© juive, confiante depuis toujours dans la moralit√© de Tsahal et de ses soldats. Certainement, il ne pouvait s’agir que d’exceptions, d’actes isol√©s commis par des gar√ßons d√©boussol√©s par le stress intol√©rable inflig√© par une guerre cruelle et un ennemi sans piti√©.

Dans l’ensemble, les soldats isra√©liens s’efforcent d’effectuer leur travail de mani√®re humaine et responsable, dans le cadre de l’arm√©e “la plus morale du monde”, guid√©s seulement par les imp√©ratifs de la s√©curit√© d’Isra√ęl. Pourtant, cela fait d√©j√† plusieurs ann√©es qu’un petit nombre de soldats tirent la sonnette d’alarme: il y a des choses qui se passent dans les Territoires et qui sont bien loin des images d’Epinal cultiv√©es par beaucoup d’Isra√©liens et de Juifs dans le monde.

S’agit-il seulement d’actes isol√©s, sanctionn√©s par la hi√©rarchie d√®s qu‚Äôils sont connus ? Pour r√©pondre √† cette question, il suffit seulement de se rappeler de ce qu’il est arriv√© l’√©t√© dernier √† cette exposition de photos, “Breaking the Silence”, organis√©e √† Tel-Aviv par d’anciens soldats post√©s √† H√©bron afin de t√©moigner de leur exp√©rience l√†-bas. Au bout de quelques jours, l’exposition a √©t√© ferm√©e par la police militaire et le mat√©riel saisi, au motif qu’il s’agissait de pi√®ces √† conviction dans l’enqu√™te ouverte par l’arm√©e sur les pr√©sum√©es exactions commises sur des Palestiniens … par les exposants eux-m√™mes.

Ces soldats ont depuis cr√©√© un site Internet (http://www.shovrimshtika.org) (principalement en H√©breu, mais quelques fichiers en anglais peuvent √™tre t√©l√©charg√©s), o√Ļ l’on peut trouver divers t√©moignages sur la corruption morale inocul√©e aux soldats jour apr√®s jour par l’occupation.

T√©moignage d’une femme isra√©lienne √† Strasbourg

Tuesday 8 March 2005

T√©moignage d’une femme isra√©lienne √† Strasbourg

Nurit PeledNurit Peled n’est pas seulement isra√©lienne. C’est une opposante isra√©lienne dont la fille de 14 ans est morte il y a plusieurs ann√©es dans un attentat kamikaze. Nurit Peled a fond√© l’association des familles ira√©liennes et palestiniennes victimes de violences. Ses deux fils sont refuzniks. Invit√©e le 8 mars dernier √† s’exprimer devant le Parlement europ√©en, √† l’occasion de la Journ√©e des Femmes, voici ce qu’elle a d√©clar√©.

Nurit Peled-Elhanan à la Journée Internationale des Femmes,
Parlement européen Strasbourg, 8 mars 2005
“Merci de m’avoir invit√©e √† cette journ√©e. C’est toujours un honneur et un plaisir d’√™tre ici, parmi vous.
Cependant, je dois admettre que je crois que vous devriez avoir invit√© une femme palestinienne √† ma place, parce que les femmes qui souffrent le plus de la violence dans mon pays sont les femmes palestiniennes. Et je voudrais d√©dier mon discours √† Miriam R’aban et √† son mari Kamal, de Bet Lahiya dans la bande de Gaza, dont les cinq petits enfants ont √©t√© tu√©s par des soldats isra√©liens alors qu’ils ramassaient des fraises dans le champ de fraises de la famille. Personne ne passera jamais en jugement pour ce meurtre.
Lorsque j’ai demand√© aux gens qui m’ont invit√©e ici pourquoi ils n’invitaient pas de femme palestinienne, leur r√©ponse a √©t√© que cela rendrait la discussion “trop localis√©e”.
Je ne sais pas ce qu’est la violence non localis√©e. Le racisme et la discrimination peuvent √™tre des concepts th√©oriques et des ph√©nom√®nes universels, mais leur impact est toujours local, et bien r√©el. La douleur est locale, l’humiliation, les abus sexuels, la torture et la mort sont tous tr√®s locaux, de m√™me que les cicatrices.

Il est malheureusement vrai que la violence locale inflig√©e aux femmes palestiniennes par le gouvernement d’Isra√ęl et l’arm√©e isra√©lienne s’est √©tendue sur toute la plan√®te. En fait la violence d’Etat et la violence de l’arm√©e, la violence individuelle et collective, sont le lot des femmes musulmanes aujourd’hui, pas seulement en Palestine mais partout o√Ļ le monde occidental √©clair√© pose son grand pied imp√©rialiste. C’est une violence qui n’est presque jamais abord√©e et que la plupart des gens en Europe et aux Etats-Unis excusent du bout des l√®vres.
C’est ainsi parce que le soi-disant monde libre a peur de l’ut√©rus musulman.

La grande France de la libert√© l’√©galit√© et la fraternit√© [en Fran√ßais dans le texte] est effray√©e par des petites filles avec des foulards sur la t√™te, le Grand Isra√ęl juif a peur de l’ut√©rus musulman que ses ministres qualifient de menace d√©mographique. L’Am√©rique toute-puissante et la Grande-Bretagne contaminent leurs citoyens respectifs avec une crainte aveugle des Musulmans, qui sont d√©peints comme vils, primitifs et assoiff√©s de sang - en plus d’√™tre non d√©mocratiques, chauvins/ machistes et des producteurs en masse de futurs terroristes. Cela en d√©pit du fait que les gens qui d√©truisent le monde aujourd’hui ne sont pas musulmans. L’un d’entre eux est un Chr√©tien d√©vot, l’un est Anglican et l’autre est un Juif non pieux.

Je n’ai jamais v√©cu la souffrance que les femmes palestiniennes subissent tous les jours, toutes les heures, je ne connais pas le genre de violence qui fait de la vie d’une femme un enfer constant. Cette torture physique et mentale quotidienne des femmes qui sont priv√©es de leurs droits humains fondamentaux et de leurs besoins fondamentaux d’une vie priv√©e et de dignit√©, des femmes dont on entre par effraction dans la maison √† toute heure du jour et de la nuit, √† qui on ordonne sous la menace d’une arme de se mettre nue en se d√©shabillant devant des √©trangers et devant leurs propres enfants, dont les
maisons sont d√©truites, qui sont priv√©es de leurs moyens d’existence et de toute vie de famille normale. Ceci ne fait pas partie de mon √©preuve personnelle. Mais je suis une victime de la violence contre les femmes dans la mesure o√Ļ la violence contre les enfants est en fait une violence contre les femmes. Les femmes palestiniennes, irakiennes, afghanes sont mes sŇďurs parce que nous sommes toutes prises dans l’√©treinte des m√™mes criminels sans scrupules qui se d√©signent comme les dirigeants du monde √©clair√© libre et qui, au nom de cette libert√© et de ces lumi√®res, nous volent nos enfants. De plus, les m√®res isra√©liennes, am√©ricaines, italiennes et britanniques ont √©t√©, pour la plupart, violemment aveugl√©es et d√©cervel√©es √† un point tel qu’elles ne peuvent pas se rendre compte que leurs seules soeurs, leurs seules alli√©es dans le monde sont les m√®res musulmanes palestiniennes, irakiennes ou afghanes dont les enfants sont tu√©s par nos enfants ou qui se font exploser en morceaux avec nos fils et nos filles. Elles sont toutes infect√©es par les m√™mes virus engendr√©s par les politiciens. Et les virus, bien qu’ils puissent avoir divers noms illustres comme D√©mocratie, Patriotisme, Dieu, Patrie, sont tous les m√™mes. Ils font tous partie d’id√©ologies fausses et truqu√©es qui ont pour intention d’enrichir les riches et de donner du pouvoir aux puissants.

Nous sommes toutes les victimes de la violence mentale, psychologique et culturelle qui fait de nous un seul groupe homog√®ne de m√®res endeuill√©es ou potentiellement endeuill√©es. Les m√®res occidentales √† qui on apprend √† croire que leur ut√©rus est un atout national tout comme on leur apprend √† croire que l’ut√©rus musulman est une menace internationale.
On les √©duque pour qu’elles ne s’exclament pas : ¬ę Je lui ai donn√© naissance, je lui ai donn√© le sein, il est √† moi et je ne le laisserai pas √™tre celui dont la vie vaut moins que le p√©trole, dont l’avenir a moins de valeur qu’un lopin de terre”.

Chacune d’entre nous est terroris√©e par une √©ducation qui infecte l’esprit pour que nous croyions que tout ce que nous pouvons faire c’est soit prier pour que nos fils reviennent √† la maison ou √™tre fi√®res de leurs corps morts.

Et nous avons toutes √©t√© √©lev√©es pour supporter tout ceci en silence, pour contenir notre crainte et notre frustration, pour prendre du prozac pour l’anxi√©t√©, mais jamais acclamer M√®re Courage en public. Ne jamais √™tre de vraies m√®res juives ou italiennes ou irlandaises.

Je suis une victime de la violence d’Etat. Mes droits naturels et civils en tant que m√®re ont √©t√© viol√©s et sont viol√©s parce que j’ai √† craindre le jour o√Ļ mon fils atteindra son 18√®me anniversaire et me sera enlev√© pour √™tre l’instrument du jeu de criminels tels que Sharon, Bush, Blair et leur clan de g√©n√©raux assoiff√©s de sang, assoiff√©s de p√©trole, assoiff√©s de terre.

Vivant dans le monde dans lequel je vis, dans l’Etat dans lequel je vis, dans le r√©gime dans lequel je vis, je n’ose pas offrir aux femmes musulmanes quelque id√©e que ce soit sur la mani√®re de changer leurs vies. Je ne veux pas qu’elles enl√®vent leurs foulards ou √©duquent leurs enfants diff√©remment, et je ne les presserai pas de constituer des D√©mocraties √† l’image des d√©mocraties occidentales qui les m√©prisent elles et les gens de leur sorte. Je veux juste leur demander humblement d’√™tre mes soeurs, exprimer mon admiration pour leur pers√©v√©rance et leur courage de continuer, d’avoir des enfants et de maintenir une vie de famille pleine de dignit√© en d√©pit des conditions impossibles dans lesquelles mon monde les met. Je veux leur dire que nous sommes toutes li√©es par la m√™me douleur, nous sommes toutes les victimes des m√™mes sortes de violences m√™me si elles souffrent bien davantage, parce que ce sont elles qui sont maltrait√©es par mon gouvernement et son arm√©e, avec l’aide de mes imp√īts.

L’islam en soi, comme le juda√Įsme en soi et le christianisme en soi, n’est pas une menace pour moi ou pour qui que ce soit. C’est l’imp√©rialisme am√©ricain, c’est l’indiff√©rence et la coop√©ration europ√©ennes, et le r√©gime isra√©lien raciste et cruel d’occupation qui en sont une. C’est le racisme, la propagande dans l’√©ducation et la x√©nophobie inculqu√©e qui convainquent les soldats isra√©liens d’ordonner aux femmes palestiniennes, sous la menace des armes, de se d√©shabiller en face de leurs enfants pour des raisons de s√©curit√©, c’est le manque de respect le plus profond pour l’autre qui permet aux soldats am√©ricains de violer des femmes irakiennes, qui donne une licence aux ge√īliers isra√©liens pour garder des jeunes femmes dans des conditions inhumaines, sans les aides hygi√©niques n√©cessaires, sans √©lectricit√© en hiver, sans eau propre ou matelas propres et pour les s√©parer de leurs b√©b√©s et de leurs tout-petits nourris au sein. Pour leur barrer la route vers les h√īpitaux, pour bloquer leur chemin vers l’√©ducation, pour confisquer leurs terres, pour d√©raciner leurs arbres et les emp√™cher de cultiver leurs champs.

Je ne peux pas compl√®tement comprendre les femmes palestiniennes ou leur souffrance. Je ne sais pas comment j’aurais surv√©cu √† une telle humiliation, √† un tel manque de respect de la part du monde entier. Tout ce que je sais est que la voix des m√®res a √©t√© √©touff√©e pendant trop longtemps sur cette plan√®te d√©vast√©e par la guerre. Le cri des m√®res n’est pas entendu parce que les m√®res ne sont pas invit√©es aux forums internationaux comme celui-ci. Cela je le sais, et c’est tr√®s peu. Mais c’est assez pour que je me souvienne que ces femmes sont mes soeurs et qu’elles m√©ritent que je crie pour elles et me batte pour elles. Et quand elles perdent leurs enfants dans des champs de fraises ou sur des routes crasseuses pr√®s des check points, quand leurs enfants sont abattus sur le chemin de l’√©cole par des enfants isra√©liens qui ont √©t√© √©lev√©s pour croire que l’amour et la compassion s’exercent en d√©pendant de la race et de la religion, la seule chose que je puisse faire est de me tenir √† leurs c√īt√©s et √† ceux de leurs b√©b√©s trahis et de demander ce qu’Anna Akhmatova, une autre m√®re qui a v√©cu dans un r√©gime de violence contre les femmes et les enfants, avait demand√© : Pourquoi ce filet de sang d√©chire-t-il le p√©tale de ta joue ?”

Nurit Peled-Elhanan à la Journée Internationale des Femmes, Parlement européen, Strasbourg, 8 mars 2005